Baromètre photovoltaïque (3/3) : focus sur l’industrie

L’Allemagne, fer de lance de l’industrie européenne

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L’Allemagne est de loin le premier producteur européen de photopiles. Selon le magazine Photon International, la production de modules photovoltaïques a atteint 1 207 MWc en 2008 (684 MWc en 2007) et celle des cellules 1 512 MWc (795 MWc en 2007). Pour cette année, le magazine estime la production de modules à 2 078 MWc et de cellules à 2 425 MWc. Ces productions ne sont pas cumulables, les modules photovoltaïques étant fabriqués à partir des cellules. Les capacités de production sont elles aussi en très forte augmentation. Elles devraient passer de 2 168 MWc en 2008 à 3 354 MWc en 2009 pour les modules et de 2 332 MWc à 3 555 MWc pour les cellules.
Cette forte croissance de l’industrie photovoltaïque allemande se ressent au niveau de son chiffre d’affaires. Selon le BSW, il était en 2008 de l’ordre de 7 milliards d’euros (5,7 milliards d’euros en 2007 et 2,8 milliards d’euros en 2006). Le pays compte en effet plus de 130 fabricants (cellules, modules et autres composants) et plus de 10 000 entreprises (installateurs et vendeurs inclus) directement impliquées dans la filière photovoltaïque. Selon cette même source, les nouveaux investissements dans l’industrie allemande du photovoltaïque ont atteint 2 150 millions d’euros en 2008 et devraient augmenter jusqu’à 2 900 millions d’euros en 2010. Les dépenses en R&D ont atteint 190 millions d’euros en 2008 (175,8 millions en 2007) et devraient atteindre jusqu’à 224 millions d’euros en 2010. Toujours selon le BSW, le nombre d’employés est passé de 40 000 en 2007 à 48 000 en 2008. 46 % d’entre eux travaillent dans l’industrie et dans la fourniture de composants, 47 % dans l’installation et 7 % dans la vente. Les premières estimations publiées en mars 2009 par le ministère fédéral de l’Environnement (BMU) annoncent, quant à elles, 57 000 personnes employées directement ou indirectement dans l’industrie allemande photovoltaïque.

En Espagne, la forte diminution attendue du marché photovoltaïque aura des répercussions très importantes sur le nombre d’emplois générés par la filière, en particulier les emplois liés à l’installation des modules. Selon l’ASIF, association espagnole de l’industrie photovoltaïque, le nombre d’emplois directs et indirects de la filière devrait être quasiment divisé par deux entre 2008 et 2009, passant de 42 800 à 21 800. Il devrait repasser en dessous de son niveau de 2006 qui était de 26 800.

En France, les données de l’enquête SERSOLER 2008 permettent d’estimer à 4 000 le nombre d’emplois directs dans la filière photovoltaïque fin décembre 2008, soit une progression de 70 % par rapport à 2007. 1 500 emplois supplémentaires sont prévus en 2009.

Une année difficile pour les nouveaux entrants

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Jusqu’à l’année dernière, les conditions de développement de l’industrie photovoltaïque – européenne comme mondiale – étaient idéales. L’offre ne pouvait répondre à la demande. Cette situation a conduit de nombreux nouveaux acteurs à entrer sur le marché et à investir dans de nouvelles capacités de production, que ce soit en proposant de nouvelles technologies (couches minces pour la plupart) ou en achetant des usines de production clés en main. De leur côté, les acteurs déjà en place ont développé des stratégies d’expansion agressive, augmentant significativement leur capacité de production tout en sécurisant leur approvisionnement sur la chaîne de valeur. Cette course aux investissements et aux capacités de production a provoqué un retournement du marché avec une offre de production désormais supérieure à la demande. La crise financière, qui a commencé à frapper durant cette période, a eu des répercussions économiques inévitables sur les investissements et la demande.
L’année 2009 n’a donc pas bien démarré pour la filière photovoltaïque. Les actions des principaux industriels cotés en Bourse ont été sévèrement touchées. Les leaders du marché, comme Q-Cells ou Suntech, ont décidé de ralentir leur programme d’extension et cherchent à consolider leur position pour ne pas perdre de parts de marché.
Le choc de la crise financière sera plus durement ressenti par les industriels de petite taille. En particulier, les nouveaux entrants sur le marché, qui vont devoir faire face à des problèmes de sécurisation de leurs investissements pourtant indispensables pour assurer leur développement. La plupart de ces acteurs n’ont en effet pas encore atteint une taille suffisante pour réduire leurs coûts de production. Des économies d’échelles d’autant plus nécessaires que dans le même temps le prix des modules est en constante diminution. Certaines de ces entreprises en difficulté, disposant de technologies prometteuses ou d’actifs intéressants, pourraient être rachetées. Mais il est également fort probable qu’un nombre important de ces petits acteurs soient contraints à sortir du marché.
La situation est moins dommageable pour les leaders du marché qui disposent de liquidités et ont des rapports de confiance avec leurs banques. Ils peuvent se permettre de réduire le rythme de croissance de leurs investissements en attendant un environnement économique plus favorable. Ils ont également l’avantage de pro poser des produits dont les marques sont connues et donc de présenter des prix de vente plus élevés tout en ayant des coûts de production relativement faibles. La crise financière, si elle ne perdure pas trop longtemps, pourrait être, à terme, favorable aux grands groupes dans la mesure où elle mettrait hors-jeu des concurrents de plus petite taille.

Des leaders sur tous les continents

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La plupart des grands fabricants de cellules se situent en Asie (Japon, Chine, Taïwan). Leur présence limite à un le nombre des acteurs européens dans le top 10 des premiers producteurs. L’industrie européenne profite néanmoins de la formidable croissance de son marché avec la présence de Q- Cells, premier fabricant mondial de cellules, et de nombreux acteurs de taille significative. Parmi ces derniers acteurs, on peut citer le groupe allemand Solarworld AG qui a produit environ 190 MWc de cellules en 2008. Ce groupe est présent sur chaque élément de la chaîne de valeur du photovoltaïque. La production de plaquettes de silicium (“wafers”) représente l’activité la plus importante de Solarworld. L’entreprise disposait fin 2008 d’une capacité de 500 MWc de wafers dans son usine de Freiberg. Cette production devrait atteindre 750 MWc à la fin de l’année 2009 et 1 000 MWc à la fin de l’année 2010. L’entreprise a également prévu d’augmenter ses capacités de production de modules dans son usine de Freiberg de 120 MWc en 2008 à 200 MWc en 2009, permettant l’embauche de 300 salariés supplémentaires. En 2008, Solarworld a également ouvert une première ligne de production en Corée du Sud, via une filiale commune avec le Coréen SolarPark Enginneering Co. Ltd. L’usine de modules, située à Jeonju, dispose d’une capacité de production de 150 MWc et pourra être étendue à 1 GWc sur le même site. Solarworld compte profiter de la forte croissance du marché japonais et coréen. En 2008, les ventes du groupe ont augmenté de plus de 30 % par rapport à 2007, passant de 690 millions d’euros à 900 millions d’euros. Fin 2008, l’entreprise employait 2 500 salariés dans le monde. Schott Solar est également bien position né sur le marché européen et américain avec une production de cellules de l’ordre de 149 MWc en 2008. Sur la même année, l’entreprise a augmenté ses capacités de production de cellules cristallines de 135 à 185 MWc pour une production de l’ordre de 120 MWc. Sa capacité de production de modules cristallins est passée, elle, de 90 MWc en 2007 à 205 MWc en 2008 et celle de ses modules en couches minces de 3 à 35 MWc. L’entreprise est également positionnée sur le segment des récepteurs à haut rendement , éléments clés des centrales solaires thermiques à concentration. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 482 millions d’euros en progression de 70 % par rapport à 2007.
Autre acteur allemand, Ersol Solar Energy AG, une entreprise contrôlée par le groupe Bosch depuis l’été dernier. Elle a pratiquement doublé son chiffre d’affaires, passant de 160,2 millions d’euros en 2007 à 309,6 millions d’euros en 2008. L’entreprise a produit 123 MWc de cellules en 2008 (53 MWc en 2007), et a démarré une production de modules en couches minces de 20 MWc. Pour 2009, l’entreprise prévoit une production de cellules de 180 MWc et de modules n couches minces de 30 MWc. Elle projette également une capacité de production de 520 MWc fin 2010.
L’Europe compte d’autres acteurs de taille significative comme Isofotón (180 MWc de capacité en 2008), Solland Solar (170 MWc de capacité), Sovello AG (100 MWc de capacité), Conergy AG (100 MWc de capacité), et Photowatt (60 MWc de capacité).
Il est intéressant de noter que les quatre premiers fabricants de cellules, dont l’actualité est décrite dans les paragraphes suivants, ont la particularité de provenir de quatre pays différents.

Q-Cells (Allemagne)

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En 2008 Q-Cells a maintenu une croissance forte de son activité avec un chiffre d’affaires de 1 251, 3 millions d’euros, en augmentation de 46 % par rapport à 2007. Q-Cells a vu sa production de cellules cristalines grimper de 47 % pour attei ndre 570, 4 MWc en 2008. Sa producti on total de cellules atteint 574 MWc en integrant ses technol ogi es de couches mi nces. Ce chiffre de production est légèrement plus faible que l es 585 MWc attendus. Les conséquences de la crise se sont traduites par un ralenti ssement de lla croissance des ventes au dernier trimestre de l’année de + 13 % par rapport au dernier trimestre 2007. Ce chi ffre est à comparer aux 46 % de hausse sur l ’année. Pour assurer sa anté financière en 2009, Q-Cells a négocié avec ses banquiers des délais pour le remboursement de prêts qui arrivaient à échéance au cours de l’année.
Le groupe a continué en 2008 d’investir dans de nouvelles capacités de production. Après avoir rendu entièrement opérationnelle une cinquième ligne de production dans la première moitié de l’année, Q-Cells a mis en service durant le dernier trimester une sixième ligne de production sur son site de Bitterfeld-Wolfen. Cette sixième ligne porte la capacité de production de cellules de l’usine à 760 MWc. Sa nouvelle usine en Malaisie, dont la construction a débuté au deuxième trimestre 2008, lancera la fabrication de ses premières cellules au deuxième trimestre 2009. Outre cette expansion, deux filiales de Q-Cells ont démarré une production de masse l’an dernier. Il s’agit de Sontor GmbH (détenue à 100 %), qui utilise la technologie “micro morphous silicium”, et de Solibro GmbH (détenue à 67,5 %), qui emploie la technologie “CIGS sur verre”. La capacité de production de Solibro devrait passer de 30 MWc au premier trimestre à 135 MWc durant le quatrième trimestre. Durant l’année 2008, Q-Cells a créé 861 nouveaux emplois portant à 2 568 le nombre total de salariés employés par l’entreprise.

First Solar (États-Unis)

L’ascension de First Solar, deuxième fabricant

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L’ascension de First Solar, deuxième fabricant mondial de cellules en 2008, a été impressionnante. Sa production de cellules en couches minces CdTe (tellurure de cadmium) est passée de 60 MWc en 2006 à 206,3 MWc en 2007 pour atteindre 502,6 MWc en 2008, ce qui fait d’elle le leader sur le segment des couches minces. En 2009, l’entreprise américaine a prévu de doubler ses capacités de production qui devraient par conséquent dépasser le GWc. Ce success s’explique par la capacité de l’entreprise à réduire ses coûts de production. Ces derniers ont diminué des deux tiers entre 2004 et 2008, passant de 3 $/Wc à moins d’1 $/Wc (0,98 $/Wc durant le quatrième trimester 2008). Ce succès se ressent au niveau de son chiffre d’affaires qui a atteint 1 246,3 millions de dollars (917,8 millions d’euros), soit une croissance de 147,3 % par rapport à 2007. Le nombre de ses employés a double en une année, passant de 1 462 à 3 000.

Suntech Power (Chine)

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Fondée en 2001, Suntech Power a rapidement affiché une très forte volonté de croissance. Cette entreprise chinoise, qui compte des usines de production à Shenzhen ou Shanghai et un centre de R&D à Wuxi, n’hésite pas à ouvrir de nombreuses filiales ou à signer des partenariats pour developer de nouveaux marchés. Ainsi, au début de l’année 2008, elle a ouvert des bureaux de ventes en Allemagne, en Espagne et en Corée du Sud, vecteur principal de la demande photovoltaïque en Asie. Cette politique expansionniste, alliée à des capacités de production en constante augmentation, explique que Suntech Power soit devenu en 2008, le troisième producteur mondial de cellules, concurrençant tous les leaders historiques en seulement quelques années. Sa production de cellules a atteint 497,5 MWc en 2008 (+ 36 % par rapport 2007) et sa capacité de production de cellules et de modules se monte à 1 GWc en 2008 (540 MWc en 2007).
Pour l’année 2008, l’entreprise a enregistré 1 923,5 millions de dollars de chiffre d’affaires, en augmentation de 42,7 % par rapport à 2007. Elle précise cependant que le chiffre d’affaires réalisé au quatrième trimestre (414,4 millions de dollars) a diminué de 30,3 % par rapport à celui du troisième trimestre. Une perte de vitesse qui s’explique par une baisse de la production en fin d’année et par une diminution du prix de vente des produits photovoltaïques. Le ralentissement du marché est pris très au sérieux, l’entreprise a confirmé le licenciement de 800 employés, et l’abandon du projet d’expansion de ses capacités de production initialement prévu pour 2009 de 1 GWc à 1,4 GWc tant que le contexte économique ne s’améliorera pas.

Sharp (Japon)

Selon le magazine Photon International, la production de cellules de Sharp a atteint 473 MWc en 2008 reléguant l’industriel japonais de la deuxième à la quatrième place des producteurs mondiaux de cellules. Sharp a décidé de se relancer en prévoyant d’augmenter de manière très significative ses capacités de production de couches minces au silicium. La technologie des couches minces de Sharp consiste en une cellule triple jonction constituée de deux couches de silicium amorphe et d’une couche de silicium microcristallin. Le groupe a pour cela investi 72 milliards de yens (557,5 millions d’euros) dans une nouvelle usine de production à Sakai (préfecture d’Osaka) dimensionnée pour produire 1GWc de cellules chaque année. La production commencera en mars 2010 avec une capacité initiale de 480 MWc. En 2008, le groupe avait déjà augmenté sa capacité de production de cellules en couches minces de 15 à 160 MWc dans son usine de Katsugari (préfecture de Nara). L’entreprise explique ce choix par la simplicité du processus de production qui permet une réduction significative des coûts dans le cadre d’une production à grande échelle.
Le groupe japonais a par ailleurs ouvert une division énergie Europe à Hambourg, en Allemagne, afin de renforcer sa présence en Europe. Son objectif est de gagner des parts de marché en Allemagne, et dans les pays du Sud de l’Europe, que ce soit avec les technologies cristallines ou couches minces. Les ventes de cellules solaires Sharp ont atteint 130,9 milliards de yens (1,02 milliard d’euros) sur les 9 premiers mois de l’exercice 2008, en croissance de 30,5 % sur la même période en 2007.


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