Baromètre photovoltaïque (1/3) : focus sur les principaux marchés de l’union européenne

En 2008, le marché mondial du photovoltaïque, largement dominé par l’Espagne et l’Allemagne, a plus que doublé par rapport à 2007. L’Union européenne est restée la principale zone d’installation de photopiles avec 4 592,3 MWc supplémentaires en 2008, soit une croissance de 151,6 % par rapport à 2007. La crise financière mondiale et la diminution programmée du marché espagnol rendent les perspectives de croissance du marché européen plus incertaines en 2009.

80 % de la puissance mondiale installée en 2008 se trouvent dans l’UE

4 592,3 MWc installés dans l’UE en 2008

+ 92,9 % croissance du parc de l’UE entre 2007 et 2008

La puissance photovoltaïque installée annuellement dans le monde a plus que doublé en 2008 (+ 119 %, passant de 2,65 GWc à 5,8 GWc). L’Union européenne est restée le principal moteur du marché mondial du photovoltaïque avec près de 80 % de la puissance mondiale installée.

Douche froide espagnole

Ferme PV Espagne

Selon l’Institut pour la diversification et l’économie d’énergie (IDAE), la puissance photovoltaïque du parc espagnol a atteint 3 404,8 MWc, soit une puissance nouvellement installée de 2 670,9 MWc en 2008 (don’t 1 MWc non relié au réseau). Cette croissance vertigineuse (+ 352 % par rapport à 2007) s’explique par la diminution du tarif d’achat photovoltaïque à la fin du mois de septembre 2008 qui a créé un phénomène de course à l’installation. Avant la révision, ce dernier était de 44,04 c€/kWh pour les centrales jusqu’à 100 kWc et ce pendant 25 ans, de 41,75 c€/kWh pour celles comprises entre 100 kWc et 10 MWc, et de 22,94 c€/kWh pour les centrales allant jusqu’à 50 MWc. Ce système, très profitable aux centrales terrestres de grande dimension, explique la très forte croissance du marché.

L’Espagne est devenue en 2008 le premier pays photovoltaïque par habitant

Le décret royal n°1578/2008 du 26 septembre 2008 définit désormais deux groupes d’applications, les systèmes intégrés dans le bâtiment (toits ou façades) et les centrales terrestres. Les premiers bénéficient d’un tarif d’achat de 34 c€/kWh pour les applications allant jusqu’à 20 kWc, puis d’un tarif d’achat de 32 c€/kWh pour les installations comprises entre 20 kWc et 2 MWc. Les centrales terrestres dont la puissance atteint jusqu’à 10 MWc bénéficient quant à elles d’un tarif d’achat de 32 c€/kWh. Ces différents tarifs sont valables pendant 25 ans. La puissance installée chaque année est désormais plafonnée pour chaque type d’application. Le plafond sera de 500 MWc en 2009 (dont 233 MWc de centrales terrestres) 502 MWc en 2010 (dont 207 MWc de centrales terrestres) et 488 MWc en 2011 (dont 162 MWc de centrales terrestres). Cette nouvelle législation limite de fait la progression du parc espagnol qui devrait avoisiner les 5 000 MWc à la fin de l’année 2011.

Solidité de la croissance allemande

+ 1 505 MWc installés en 2008

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L’Allemagne reste une valeur sûre du marché photovoltaïque

Selon l’association des industriels allemands du solaire (Bundesverband Solarwirtschaft, BSW), la puissance connectée au réseau en Allemagne durant l’année 2008 était de l’ordre de 1 500 MWc auquel il faut ajouter 5 MWc non reliés au réseau (+ 402 MWc par rapport à 2007).
Le parc allemand s’établit désormais à environ 5 351 MWc dont 40 MWc non reliés au réseau.
La croissance du marché allemand devrait se poursuive en 2009 (certains experts prévoient un marché de 2 GWc) et ce malgré les derniers ajustements de la loi sur l’électricité d’origine renouvelable (EEG). Cette loi, amendée en juin 2008, a fortement accéléré la dégressivité du tarif d’achat photovoltaïque (entre 8 et 10 % par an) et ce dès le 1er janvier 2009.
La dégressivité est également modulée à plus ou moins 1 point de pourcentage en fonction de la puissance installée dans l’année.
Par exemple, si le marché dépasse les 1 500 MWc en 2009, la dégressivité du tarif d’achat sera augmentée de 1 point de pourcentage en 2010. S’il est inférieur à 1 000 MWc, la dégressivité sera réduite de 1 point de pourcentage en 2010.
La loi ajoute également une quatrième catégorie, celle des centrales intégrées en toiture dont la puissance est supérieure à 1 MWc qui bénéficieront d’un tarif d’achat de 33 c€/kWh en 2009, soit 11 centimes de moins qu’en 2008.
Cette dégressivité importante du tarif d’achat s’explique par la diminution du prix du Wc installé en Allemagne.
Selon le BSW, le coût d’un système solaire (onduleur et montage inclus) pour une centrale inférieure à 100 kWc serait passé de 5 000 €/kWc au deuxième trimestre 2006 à 4 216 €/kWc au quatrième trimestre 2008.
Le prix pourrait descendre à moins de 4000 euros durant l’année 2009.

Près de 200 MWc supplémentaires en Italie

montalto-di-castro-centrale-fotovoltaica

En 2008, l’Italie a confirmé la montée en puissance de sa filière photovoltaïque en devenant le cinquième marché mondial (derrière la Corée du Sud).

Selon le CESI RICERSA (entreprise publique contrôlée par l’Agence nationale de l’énergie italienne, ENEA, et par le Centre d’expériences électrotechniques italien, CESI), le parc photovoltaïque était de l’ordre de 317,5 MWc (dont 304,1 MWc reliés au réseau), soit une puissance additionnelle de 197,3 MWc installée en 2008 (dont 197 MWc reliés au réseau).
Depuis 2007, le pays dispose d’un des systèmes de tarifs d’achat les plus incitatifs au niveau européen.
Depuis 2009, une dégressivité annuelle de 2 % est appliquée. Ce système d’incitation ne sera valable que pour les premiers 1 200 MWc, et il est prévu que la puissance photovoltaïque pouvant être installée soit limitée à un total maximum de 3 000 MWc en 2016. Ce système devrait garantir l’expansion de la filière durant les prochaines années et permettre à l’Italie de devenir un leader européen au même titre que l’Allemagne et l’Espagne.
Pour 2009, le GIFI, association italienne des entreprises photovoltaïques, prévoit un marché de l’ordre de 300 MWc.
La croissance du marché italien sera facilitée par la construction de projets de grande puissance, à l'instar de la centrale de Montalto di Castro près de Rome, d’une puissance de 6 MWc.
Cette centrale, qui nécessitera un investissement de 30 millions d’euros, sera opérationnelle à l’été 2009 et produira 7 millions de kWh par an.


+ 50 MWc en République tchèque

PV Czech Republic

La République tchèque s’est particulièrement impliquée dans le développement de sa filière photovoltaïque en mettant en place un système d’incitations financières attractives.

L’investisseur a le choix entre un système de tarif d’achat classique ou un bonus écologique qui s’ajoute au prix de marché.
Le régulateur définit le tarif et le bonus chaque année avec une année d’avance. En 2008, le tarif d’achat unique était de 13,460 CZK/kWh (51,2 c€/kWh) et le bonus vert de 12,65 CZK/kWh (48,1 c€/kWh).
Ce système a poussé des acteurs étrangers à investir aux côtés d’investisseurs locaux dans de grandes centrales terrestres créant ainsi un véritable boom de la filière.
Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, le parc photovoltaïque tchèque a atteint 54,3 MWc fin 2008, soit 50,3 MWc de plus qu’en 2007.
En 2009, la puissance installée devrait plus que doubler et dépasser le seuil symbolique des 100 MWc.

La Belgique franchit un cap

PV Belgium

La politique active de la Belgique en faveur du photovoltaïque a porté ses fruits

Le pays a installé près de 50 MWc en 2008 (40,1 MWc en région flamande, 9 MWc en région wallonne et 566 kWc dans la region de Bruxelles-Capitale) portant la puissance totale installée dans le pays à 71,2 MWc (61,3 MWc en région flamande, 9,3 MWc en région wallonne et 617 kWc dans la region de Bruxelles-Capitale).
Il convient de préciser que les données des parcs de l’année 2007 ont été consolidées à l’aide des statistiques publiées par les autorités de régulation de l’énergie des trois régions : VREG (Vlaamse Reguleringsinstantie voor de Elektriciteits en Gasmarkt), CWAPE (Commission wallonne pour l’énergie) et Brugel (Bruxelles gaz électricité).
Les données 2008 sont des estimations fournies par ces autorités.
Dans ce pays, chaque région dispose de son propre dispositif d’incitations basé sur un système de certificats verts (CV) spécifique. En région flamande, le prix d’un certificat vert photovoltaïque d’un MWh a été fixé à 450 euros (45 c€/kWh), et ce quelle que soit la puissance ou le type d’installation.
En région wallonne, la production d’un MWh photovoltaïque permet d’obtenir, depuis l’an dernier, plusieurs certificats verts en fonction de la puissance de l’installation.
La production d’électricité qui résulte des 5 premiers kWc installés donne droit à 7 CV/MWh, celle des 5 kWc consécutifs à 5 CV/MWh.
Enfin, la production des 240 kWc suivants confère 4 CV/MWh, à condition cette fois-ci que 50 % de l’électricité produite soit autoconsommée, que l’installation n’ait pas bénéficié d’une subvention supérieure à 40 % du coût de l’investissement, et que la mise en place d’une unité de cogeneration ne soit pas réalisable sur le plan technique ou qu’elle ne permette pas de garantir un temps de retour sur investissement inférieur à 5 ans.
Pour la puissance supérieure à 250 kWc, le système recevra 1 CV/MWh2 d'électricité verte produite. Dans ce cas, le certificat peut être vendu pendant les 10 premières années au prix garanti de 150 euros à Elia, gestionnaire du réseau de transport fédéral.
Dans la pratique, tous ces certificats verts sont suceptibles d’être vendus à Elia, pendant 15 ans, au prix garanti de 65 euros. Ils peuvent également être cédés aux fournisseurs d’électricité qui se doivent de respecter leur quota.
Dans ce cas, le prix est déterminé d’un commun accord avec le fournisseur et sera généralement compris entre 65 euros (prix d’achat garanti) et 100 euros (montant de l’amende en cas de non-respect du quota par le fournisseur).
Le prix moyen de transaction du certificat vert est d’environ 90 euros depuis le lancement du mécanisme en 2004.
La région bruxelloise a mis en place un système comparable. Il n’est pas fonction de la puissance installée, mais dépend de la surface installée.
Chaque MWh d’électricité produite permet d’obtenir 7,27 CV/MWh pour les 20 premiers m2 de panneaux installés ; 5,45 CV/MWh pour les 40 m2 suivants et 3,63 CV/MWh d’électricité produite pour la surface restante (> 60 m2).
Au niveau fédéral, les particuliers ont droit à une réduction d’impôt de 40 % sur leur investissement, dans la limite de 3 440 euros.

Un marché français freiné par le raccordement

photovoltaique france

+ 44,3 MWc raccordés en 2008

Selon les données publiées par Électricité réseau distribution France (ERDF) et EDF, la puissance photovoltaïque reliée au réseau installée en France était de 68,8 MWc au 31 décembre 2008, soit 44,3 MWc de plus qu’en 2007.
Cette puissance est répartie entre 47,7 MWc installés en métropole, correspondant à 10 543 installations (11,5 MWc en 2007), et 21,1 MWc installés en Corse et dans les départements d’outre-mer, correspondant à 1 250 installations (13 MWc en 2007).
Ces chiffres se rapportent uniquement aux installations mises en service et bénéficiant d’un contrat de raccordement sur le réseau.
Les centrales installées en attente de raccordement ne sont pas comptabilisées. Cette précision est importante car les délais de raccordement sur le marché français restent encore très longs, de l’ordre de 6 mois. Pour cette raison, le décalage entre la puissance connectée au réseau et le marché de l’installation peut être important. Selon le SOLER, la branche solaire du Syndicat des énergies renouvelables (SER), la puissance installée en attente d’être raccordée serait de l’ordre de 88,5 MWc fin 2008, soit nettement plus que la puissance actuellement connectée. Cette croissance importante du marché s’explique par le fort développement des installations en toiture pour les particuliers. Ceux-ci peuvent à la fois bénéficier du tarif d’achat, de la prime à l’intégration (voir plus loin) et du crédit d’impôt qui permet de récupérer 50 % du coût du matériel. Une autre explication est la multiplication du nombre d’installations sur de grandes toitures (centres commerciaux, hangars, bâtiments de stockage, etc.).
Le tarif d’achat, particulièrement intéressant en cas d’intégration, est pour beaucoup dans cet engouement. En effet, le tarif “intégré”, identique pour la métropole, la Corse et les DOM, est passé à 60,2 c€/kWh en 2009. Tandis que le tarif de base est désormais de 32,8 c€/kWh en métropole et de 43,8 c€/kWh pour la Corse et les DOM-COM.
Les perspectives de croissance de la filière restent très intéressantes. Selon ERDF et EDF, les demandes de raccordement s’élevaient fin 2008 à 526,5 MWc en métropole et 607 MWc en Corse et dans les DOM, soit 1 133,5 MWc au total. Il convient de préciser que toutes les demandes de raccordement ne se traduisent pas automatiquement par la réalisation des installations, ceci étant particulièrement vrai pour les projets de centrales de grande puissance qui nécessitent davantage d’autorisations.
Etude réalisée par EurObserv’ER


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